Figures libres/Humeurs

Méditation sur l’heure d’été

Une fois de plus, cette impression désagréable que l’on m’a volé une heure de ma vie, une heure qui aurait pu être la plus précieuse et la plus dense de l’année ! Heureusement qu’il y a cette jouissance métaphysique de gagner une heure en automne, de se dire que l’on peut revivre, corriger, s’échapper une heure du carcan du temps inexorable. C’est le même sentiment quand on arrive à New-York à l’heure à laquelle on est parti – et quelle sensation temporelle unique devait être l’arrivée AVANT grâce à Concorde.

L’heure d’été, c’est aussi le symbole d’une époque révolue, celle où la science guidait nos vies collectives, celle où la politique et la science s’appuyaient mutuellement sans questionnement. Cette idée, déjà avancée par Benjamin Franklin, a été mise en oeuvre à la fin des années 1910, pour économiser la lumière électrique. On peut même noter que c’est l’Allemagne qui en eut l’initiative en 1916, suivie par l’Angleterre la même année, puis la France en 1917. On le voit, la Première guerre mondiale n’empêchait pas les parlementaires de tous pays, dans une belle unanimité, de continuer à oeuvrer pour le progrès…

Il faut dire qu’à cette époque les gouvernants se passionnaient pour la maîtrise de l’espace et du temps. Le professeur d’histoire des sciences américain Peter Galison raconte dans un ouvrage à lire absolument,  Les horloges du temps, comment Poincaré avec l’espace et Einstein avec le temps ont su épouser les préoccupations, notamment politiques et administratives, de leur temps.

L’heure d’été, supprimée en France en 1945, renaît avec le premier choc pétrolier pour faire des économies d’énergie. Encore une belle période technocratique, où l’on pensait agir sur l’économie et la société par le temps, par décision unilatérale.  Aujourd’hui, cela ne serait sans doute pas possible, la perte de la confiance en la science est manifeste, de même que la méfiance envers les bonnes idées technocratiques qui semblent coupées du quotidien.

Mais avons-nous pour autant raison ? En mars, je le pense, en octobre, je ne le pense pas…. Plus sérieusement, on peut regretter ces périodes d’enthousiasme où les processus de décision s’appuyaient sur la science et la rationalité. La démocratie, ce n’est pas soumettre tout et n’importe quoi au vote – voire pire au sondage ou au décompte des manifestants -, c’est aussi un processus de confiance, de responsabilité (et de transparence son corollaire) qui laisse agir les représentants de la Nation le temps de leur élection. Une leçon à méditer en ce moment !

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