Courbevoie/Grand Paris/Grand Paris

Le Grand Paris du XXIe siècle (suite)

GrandParisXXI

Lu ce week-end l’ouvrage de Christian Blanc sur le Grand Paris, sorti mercredi 12 mai.

Ma première remarque tient à la méthode : un ministre qui explique qu’il a préféré la consultation avec les élus locaux et l’écriture d’un ouvrage à la gesticulation médiatique a toute ma sympathie – de même quand il affirme sa volonté de maintenir le débat citoyen, tout en en accélérant les procédures administratives grâce à la loi, ou quand il rappelle le mérite de l’aménagement dirigé.

Venons-en ensuite au fond de l’ouvrage. La partie historique de mise en perspective sur le Grand Paris est intéressante en ce qu’elle révèle que chaque époque a porté un projet de Grand Paris conforme à ses aspirations, tout en soulignant des blocages récurrents (maelström des règles d’urbanisme, absence de vision cohérente entre Paris et banlieue, limitation des transports, renforcement des inégalités spatiales, crise du logement récurrente, vision malthusienne de la capitale à partir des années 1940).

La partie sur le diagnostic ne peut en effet qu’être partagée : « capitale étatique hypertrophiée qu’on voulait dégrossir, Paris se réveille brutalement global city atone,  avec des universités peu performantes, une créativité artistique défaillante, une économie chancelante et des investissements publics sans cesse différés ». La nécessité d’un véritable projet cohérent, exprimée par le Président de la République, et l’implication de l’Etat, pour une région moteur de la croissance nationale, en découlent logiquement.

Concernant ses propositions, le ministre met en avant un triptyque – « Paris, capitale internationale, Paris, capitale du savoir et de la création, Paris, capitale de l’art de vivre » -,  qui va servir de ligne directrice pour les réalisations. C’est là que le bât blesse un peu : on passe à une vision très concrète d’aménagement par les équipements structurants, sans forcément voir la cohérence avec les maîtres-mots de la vision du Grand Paris. C’est peut-être dans la description des clusters elle-même que se retrouvent les lignes directrices. Mais il faut avouer que la façon dont Christian Blanc justifie son super métro tranche avec le manque d’ambition actuel, de la région par exemple : oui, les grands investissements de transports, surtout alliés à des polarités nouvelles autour des gares, sont nécessaires et structurants, et on ne peut se contenter de micro-actions à la mode. La reconnexion urbaine, le désenclavement, la création d’un continuum articulé et multipolaire entre Paris et la banlieue et entre les banlieues nécessitent un équipement structurant, comme ils nécessitent une méthode volontariste et une maîtrise foncière. Ce qui n’est pas un gros mot. Nos communes ne peuvent pas à elles seules mener de telles opérations, mais il faut qu’elles soient pleinement associées. En outre, il ne suffit pas de proclamer des clusters pour avoir de la ville, des échanges,… La vision en « rhizome », classique de l’analyse métropolitaine est pertinente, même si l’on peut regretter l’absence de vision sur les vides entre ces clusters. L’idée de fonder chaque cluster sur des objectifs précis, des métiers et secteurs d’avenir ou remplissant les objectifs du triptyque, avec une ambition de diversification de la croissance – et même une vision d’équilibre entre les cycles – est intéressante, même si j’avoue ne pas avoir parfois compris les subtiles nuances entre les (éco)fonctions des (éco)clusters dans un développement durable-respecteux-des-cultures-du-monde-tout-en-étant-moteur-de-croissance,… Enfin, le projet qu’il présente se veut articulé avec la vision des architectes, même si l’on peut regretter que du mélange de ces approches très cohérentes ne soit finalement retenu que les symboles (certes essentiels mais réducteurs), à l’exception de l’approche Grumbach sur la liaison avec la Seine et des réflexions d’Yves Lion sur l’assouplissement des règles d’urbanisme (sous conditions bien évidemment).

Les pôles que retient Christian Blanc sont les suivants :  Pleyel (création), La Défense (finance), Noisy-Descartes (ville durable), Roissy-Villepinte (les échanges), Clichy-Montfermeil (j’ai pas bien compris, mais refaire de la ville), Evry-Villejuif (Vallée des Biotechnologies), Le Bourget (cultures du monde),  Saclay (excellence scientifique et start-ups), Seine-Ouest (écomobilité). Sur le descriptif de ces clusters à la fin du livre, quelques remarques : les pôles d’attraction qu’il décrit semblent pertinents, de même que leur orientation et leur complémentarité. On peut  cependant regretter l’impression de redites entre les quartiers sur la manière de les reconnecter, de créer de la ville entre ces pôles, sur l’absence de précisions sur leur aménagement (comment recoudre le territoire du Bourget sacrifié par les voies de communication par exemple ? quid exactement de la gare TGV de Paris Pleyel ?), et sur l’impression que cette avalanche d’écoquartiers aurait mérité plus de concret et de définition des termes, sous peine de passer parfois pour une soupe de termes à la mode. Mais il faut reconnaître un véritable enthousiasme à ce parcours des territoires du Grand Paris, une ambition forte pour ces clusters, une définition assez précise (à deux ou trois exceptions près) des fonctions de ces clusters, un accent mis sur la mixité, des activités, bureaux/logements, des habitants, des cultures, et le souci de créer du symbole. Un enthousiasme curieusement assez absent quand il s’agit de décrire le Grand Paris du Havre à la capitale, partie qui aurait mérité d’être développée.

Bien évidemment, le projet souffre de quelques faiblesses. Il mérite d’être affiné, complété, il faudrait davantage parler de logement, de mixité, de cohésion sociale, expliquer comment les pôles d’activité deviendront de véritables morceaux de ville, comment la cohérence s’établira. Les incertitudes financières sont réelles, et l’effet dynamique entre public et privé pourrait être davantage justifié. Mais on ne peut demander à un livre, si dense soit-il, de détailler complètement un tel projet. Les incertitudes financières sont réelles, de même que la capacité de l’Etat à manifester une volonté politique (et financière) forte sur le long terme. A moyen terme, il est bien précisé que ce sont les collectivités locales qui seront maîtres d’œuvre de l’aménagement : avec quelle continuité ? quels moyens ? Autre point important, il faut veiller à ce que les clusters ne deviennent pas un é-nième zonage qui crée des nouveaux territoires ghettos. La ville ne se décrète pas, elle se développe petit à petit, elle se construit par ses habitants, leurs relations, elle change de forme perpétuellement, elle se glisse dans les interstices – ceux-là même qu’il faut penser dès aujourd’hui pour éviter de déplacer les territoires oubliés.

Par rapport à la note publiée la semaine dernière sur ce blog, je tire comme enseignements de ce livre la nécessité d’une grande ouverture internationale, la structuration en rhizome grâce aux clusters – et la dimension de croissance reposant sur les secteurs d’avenir, qui n’étaient pas assez présentes dans mon analyse.

Et pour Courbevoie ? Le trajet du métro automatique express passe par notre ville dans une variante seulement. S’y arrêtera-t-il ? L’écart annoncé entre les stations ouvre cette possibilité : pourquoi pas un pôle intermodal autour d’Europe-gare de Bécon ? une desserte plus facile de Carpeaux/stade ? une station centre-ville (un peu proche de La Défense peut-être). Il est urgent de se positionner dans ce débat, et le processus d’intercommunalité va le faciliter. La description faite du cluster de La Défense met aussi en avant la « ville à vivre » et la nécessité d’une mixité renforcée – autant de thèmes de travail déjà abordés, comme le montrent les aménagements urbains des abords de La Défense, mais il faut prolonger la réflexion bien au-delà. En pensant par exemple que les salariés de La Défense peuvent trouver une offre culturelle et sportive riche.  En pensant aux complémentarités qui peuvent s’établir entre un centre-ville réaménagé et La Défense, notamment en termes d’animation et de commerces. En pensant aux liens entre lycées, universités, entreprises, formation continue. En valorisant notre exemplarité en matière de développement durable. En montrant que nous tirons toutes les conséquences de la vocation internationale du Grand Paris – dans l’ouverture au monde comme dans la nécessité de proposer aux visiteurs ou salariés étrangers des équipements adaptés – et il faut se réjouir que le projet de lycée international soutenu par Jacques Kossowski, député-maire de Courbevoie, soit vu comme un élément important du cluster de La Défense. Et pourquoi pas plus d’audace architecturale, un grand bâtiment symbolique abritant une institution qui rayonne sur toute la région. Si l’imagination n’est pas un peu au pouvoir, alors contentons-nous du middle Paris !

Ce qui est stimulant dans la réflexion pour le Grand Paris, c’est qu’elle permet le changement d’échelle permanent, entre la région élargie et le quartier, qu’elle permet de repenser notre quotidien dans une perspective radicalement différente, tout en préparant l’avenir. C’est un projet mobilisateur pour chaque citoyen, et notre rôle d’élu local est de le faire vivre, évoluer, progresser.

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