Figures libres/Humeurs/Politique

Quelques gloutons, et la méfiance envers les politiques et l’argent revient !

Binet

Il aura suffi de quelques affaires pour que l’éternelle polémique sur les politiques et l’argent resurgisse, avec ses dégâts sur la confiance entre les citoyens et leurs élus. Christine Boutin et ses inénarrables répliques – comment se déplacer sans chauffeur à Paris,… -, Christian Blanc et ses cigares, quelques ministres épinglés pour l’usage de leur « soupente », et j’en passe – pour ne pas remonter à Julien Dray et son train de vie, et les magazines ressortent leurs marronniers préférés : « le vrai salaire des politiques », « les abus des élus »,… Bien évidemment, ces exemples sont choquants, mais ils ne doivent pas occulter la réalité.

La vérité est simple : les élus ne sont pas surpayés. Je ne parle pas des super cumulards, de ceux qui cumulent indemnités, avantages, salaires, retraites, je parle de 95 % des élus qui touchent moins de 1000€ bruts par mois pour une activité qui prend bien souvent leurs jours et leurs week-ends – et dont les dépenses pour leur fonction dépasse souvent leur indemnité. C’est un choix dont on est bien conscient quand on se lance en politique. Pour ma part, je savais bien qu’il s’agissait d’une activité bénévole (un conseiller municipal n’est pas indemnisé – et par souci de transparence je vais donner le montant de mon indemnité de conseiller municipal délégué – 363,94€ par mois). Mais cela veut dire que l’on ne peut pas progresser dans la carrière politique – qui demande beaucoup de temps, maire adjoint dans une grande ville c’est du quasi temps plein -, si l’on a pas du temps et des revenus annexes.  Pour faire de la politique, il faut être retraité et/ou riche, comme l’a dit un jour Serge Dassault. Ce n’est pourtant pas ma conception, mais à y regarder de plus près ce n’est pas faux. Il suffit de regarder la majorité des conseils municipaux ou généraux ou régionaux : des élus qui cumulent les mandats ou des retraités. Alors comment parler de renouvellement des générations, de fin du cumul des mandats, si l’on continue à faire l’autruche sur ces questions ? Comment prétendre que la politique doit refléter la diversité sociale et professionnelle de notre pays ? Regardez de quelles professions sont issus majoritairement les députés !

La responsabilité d’une commune, d’un conseil général ou régional, demande du professionnalisme, des compétences, de la disponibilité. C’est un fait. Je suis élu dans une commune de 85 000 habitants, qui emploie plus de 2000 personnes, et dont le budget dépasse les 280 millions d’euros annuels, où les motifs de responsabilité juridique sont pléthores. Combien d’entreprises de cette taille seraient gérées par des gens dont c’est une occupation à temps partiel, pour une indemnité aussi faible ? On me répondra qu’il existe des services qui gèrent la ville ; mais c’est justement le problème : il faut aussi une direction politique dans une ville, comme il faut une direction qui prend des décisions stratégiques dans une entreprise. Et il faut remplir un mandat donné par les habitants. Que les choses soient claires, je ne milite pas forcément pour un relèvement des indemnités des élus, car je ne suis pas non plus pour une hyper professionnalisation des élus – qui deviendraient alors des fonctionnaires. Mais je crois qu’il faut avoir conscience de la réalité de l’argent des élus, pour ne pas accroître le fossé avec les citoyens. Et il faut surtout avoir conscience de ce que cela entraîne pour la composition du personnel politique.

D’autres questions doivent être abordées sans tabou. Je pense à la deuxième carrière des élus. Un élu battu se retrouve sans boulot. C’est un fait, et les cas de reconversion de quelques uns ne doit pas faire oublier la situation générale. En Allemagne, on estime qu’un maire a été le chef de son administration, et on lui propose donc un poste de fonctionnaire s’il est battu. L’utilité des politiques, leur expérience ne doivent pas être sous-estimées – je ne parle pas de missions,…, mais bien de véritables reconversions.

J’entends bien l’argument sur la passion de la politique, sur le fait que personne n’a demandé à un politique d’être élu, qu’il était bien conscient de ce que cela signifiait. Le seul but de cet article était – en plus de pousser un coup de gueule à la fois contre les gloutons qui décrédibilisent tous les élus et contre ceux qui accréditent l’idée que tous les élus s’en mettent plein les poches – de  poser la question sous un autre angle, celui du personnel politique. Si nous voulons des élus à la hauteur, qui mettent leurs compétences au service des citoyens, si nous voulons des élus qui reflètent la réalité de la société, alors il faut penser autrement la rémunération et la gestion de carrière d’un élu. Cela n’enlèvera rien à la passion, cela n’enlèvera rien à un dévouement qui est total – et extrêmement chronophage -, cela permettra juste à une nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques de s’investir pleinement dans leur mandat – sans excès de cumul, et sans chercher justement des voies détournées pour augmenter leurs revenus. Sortons de l’hypocrisie !

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