Figures libres

Eloge de l’erreur

Einstein

Actuellement, et jusqu’au 24 juillet, l’Ecole normale supérieure organise un festival intitulé « Détrompez-vous ! un festival d’erreurs », destiné aux enfants, afin de leur montrer qu’il est parfois bon de se tromper, que la science a souvent progressé grâce à des erreurs, et qu’il ne faut pas hésiter à remettre en cause ce qui semble acquis. Einstein n’a pas procédé autrement quand il travaillait sur ses horloges suisses à synchroniser, et qu’il a fini par poser le problème différemment, pour enfin bousculer les bases de la physique (lire à ce sujet l’excellent ouvrage Les horloges du temps de Peter Galison).

Au-delà de l’objectif ludique et pédagogique, de l’ouverture aux sciences, il y a urgence à désacraliser l’erreur dans notre pays. Les études sur les performances scolaires de l’OCDE montrent que les élèves français sont les plus anxieux dès qu’il s’agit de répondre à des questions ouvertes, de peur de se tromper.

Cette peur de l’erreur a un deuxième aspect, la peur de dire que l’on ne sait pas. Quand je suis arrivé à Normale sup, j’ai justement pu commencer à dire « je n’en sais rien ». Et c’est extrêmement libérateur et fécond. Tout le contraire de Sciences-Po par exemple, où j’ai vu des gens qui ne savaient rien sur un sujet faire des exposés d’apparence brillants… sur du vent. C’est aussi une capacité à acquérir, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit si productive intellectuellement sur le long terme !

Reconnaître le droit à l’erreur et à l’ignorance, oui, mais comme instrument de connaissance. Comme manière de prendre des chemins de traverse qui se révèlent parfois plus importants que les routes droites. Comme volonté de toujours cherché à progresser.

Faire l’éloge de l’erreur, c’est aussi faire l’éloge de la critique, cette fameuse critique qui seule permet le mouvement quand elle est raisonnée. La peur de l’erreur engendre la peur de la critique. Celle-ci devient de plus en plus difficile dans le monde de l’éducation, dans le monde professionnel – mais aussi dans le monde politique. Car elle est vécue comme une remise en cause personnelle. Cela ne doit pas être le cas : le droit à l’erreur, c’est aussi le droit de la corriger par soi-même, de progresser, et de faire progresser les autres.

Alors vive l’erreur, et ce que son acceptation doit engendrer, c’est-à-dire plus de spontanéité, plus d’esprit de recherche, d’innovation, d’expérimentation, plus de sens de la critique, y compris des énoncés donnés comme intangibles. Car quand les résultats sont mauvais, c’est peut-être que le problème est mal posé. C’est aussi cela savoir tirer partie de ses erreurs.

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