Nationale/Politique

La voix de l’Eglise

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Plusieurs responsables de l’Eglise – et jusqu’au Pape – ont pris position pour rappeler qu’aucune communauté ne devait être stigmatisée en France, faisant référence aux Roms. Certains se sont scandalisés de cette prise de position, qualifiée d’intrusion dans le débat politique, en rappelant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. C’est justement bien parce que l’Eglise est séparée de l’Etat qu’elle peut se permettre de faire entendre une voix qui lui est propre ! Ce n’est pas une voix qui appelle à une prise de position politique, c’est une voix qui appelle chacun à une introspection morale, une introspection humaniste.

Certaines choses peuvent parfois me choquer dans les prises de position de l’Eglise, notamment sur les questions de société. Il faut dire que j’ai plutôt été élevé dans la tradition des jésuites lyonnais, ces cathos sociaux, libéraux sur la société. Mais je ne vois pas pourquoi l’Eglise ne pourrait pas se positionner sur des questions sociétales. Il est bon parfois d’avoir un regard différent sur les problématiques de la société. Ce regard, c’est aussi par exemple celui du journal La Croix, qui met souvent en avant des thématiques occultées, touchant notamment à la précarité.

Bien évidemment, l’Eglise catholique ne détient pas le monopole de la conscience morale. Les responsables de toutes les autorités religieuses délivrent souvent des messages de tolérance et de fraternité particulièrement importants. Et il va sans dire que la conscience morale n’est en aucun cas liée à l’appartenance à une religion. Il existe bien une morale universelle qui procède de l’Homme, et il existe aussi une morale républicaine, celle qui procède des valeurs qui l’ont fondée, ces valeurs inscrites dans notre Constitution.

Ces valeurs-là refusent le principe de Français d’origine étrangère, comme elles s’opposent à la stigmatisation de telle ou telle communauté. Je suis personnellement opposé à une stigmatisation d’une communauté entière – sans parler des amalgames entre gitans, gens du voyage et Roms -, comme je refuse ce concept de Français d’origine étrangère (à ce jeu-là, je suis d’ailleurs un Français d’origine étrangère). Cela ne veut en aucun cas dire s’opposer à la politique de fermeté du Gouvernement. Je suis pour la fermeté en matière de sécurité, car je sais que nombre de nos concitoyens souffrent réellement d’une insécurité que nous ne pouvons plus nier. Je suis pour la fermeté dans l’attachement aux valeurs de la République, et contre ceux qui considèrent que c’est un élément accessoire de l’intégration. Je reprendrais l’expression du Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, interviewé le mercredi 25 août sur Europe 1 : « de la fermeté oui, mais de la mesure ».

La fermeté, car c’est justement si nous n’agissons pas maintenant que l’intolérance va augmenter, que des réactions stupides vont se multiplier. Mais une limite claire  : veiller à ce que la fraternité et l’égalité de traitement soient toujours la mesure de l’action. C’est ce qu’indique pour moi la voix de l’Eglise, et d’autres voix religieuses, sans empiéter sur des objectifs politiques. Et c’est ma conviction personnelle. Le responsable politique doit toujours avoir à l’esprit que ces actes doivent être jugés selon la maxime de la morale universelle. Il ne s’agit donc pas de céder par des réponses rapides et faciles à l’impulsion du moment, mais bien d’entreprendre une action de long terme, respectueuse de la dignité humaine. La politique d’immigration est forcément dans l’équilibre entre ses objectifs généraux et le respect de chaque individu. Cela ne veut pas dire sacrifier l’un à l’autre.

Je suis d’accord avec ceux qui considèrent que les bien-pensants ne voient plus la réalité du pays, et qu’il est temps d’entendre la détresse de nos concitoyens. Mais il s’agit avant tout d’être pensant ! Il est temps de clarifier le discours politique actuel pour que les principes de la République ne soient jamais oubliés. Ce n’est pas un frein à l’action : c’est le moteur d’une action durable.

Plutôt que de les balayer comme s’il s’agissait d’une critique partisane, il faut écouter les voix morales qui s’élèvent, d’où qu’elles viennent, et en profiter pour expliquer la politique actuelle du Gouvernement, la renforcer en lui donnant davantage de légitimité. Car si cette politique est respectueuse des droits et des individus, si elle est pleinement respectueuse des valeurs républicaines, alors elle sera incontestable.

PS : sur la stigmatisation des gens du voyage, je repensais aux Bijoux de la Castafiore. Certes, Hergé avait beaucoup à se faire pardonner en termes de clichés, mais il est bon parfois de ne pas stigmatiser toute une communauté du fait des agissements de certains !

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